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Peut-on croire les estimations?

« De quoi faire presque pâlir d’envie tous les richissimes Émirats du Golfe, notamment au regard de l’extrême précision des chiffres.

Donc la Lorraine, c’est Dallas, ou le Koweït. »

Est Républicain 17/09/2011

« extraire du sous-sol lorrain l'équivalent de neuf ans

de consommation française en gaz »

H.Féron - Député de Meurthe-et-Moselle

A entendre certains médias, élus politiques et décideurs économiques, notre pays, et plus particulièrement les régions Nord-Pas-De-Calais et Lorraine, seraient bénis par Dame Nature en ayant mis à leur disposition une manne exceptionnelle d'hydrocarbures sous leurs pieds. Comment les estimations sont-elles calculées, par qui et surtout dans quel but ? L'interdiction d'utiliser la fracturation hydraulique est-elle le seul frein au développement de cette industrie ? Pourquoi pas un seul puits n'est encore exploité alors que les forages existent pourtant depuis les années 2000 ?

A ces questions, nous commencerons par la plus emblématique qui est celle des estimations; Celles-ci sont calculées en fonction de quatre éléments: la perméabilité de la roche, sa porosité, son épaisseur et la surface du bassin concerné. Ensuite, des analystes estiment un volume auquel s'applique un coefficient de récupération, qui peut varier du simple au double, ou au final être nul. Ainsi, sans nouvelles données, simplement en analysant mieux les informations disponibles, l’EIA, agence d'information américaine de l'énergie et célèbre figure d'autorité dans le monde des hydrocarbures, a réduit de 85% sa première estimation du potentiel du sud-est de la France; région où Michel Séranne, spécialiste du bassin du Sud-Est à l'université de Montpellier, estimait que l'incertitude sur le montant des réserves atteignait un facteur 1000 (1). Cette organisation, contestée pour ses relations avec les industriels pétroliers, n'en est pas à sa première erreur; Dans sa publication phare intitulée Annual Energy Outlook, l’EIA a révisé à la baisse ses estimations mondiales de 42% en 2012 par rapport à son rapport de 2011 concernant les “ressources de gaz de schiste techniquement extractibles non prouvées” (2)

Comme si l'appartement sur plan de 100m² n'en faisait plus que 58 après construction ! Ou de l'intérêt des estimations....

D'autres pays comme la Pologne, présenté comme le plus prometteur et le plus richement doté du continent européen par cette même EIA ,a vu ses estimations divisées par dix après la publication de nouvelles estimations fournies par l'Institut géologique polonais et du US Geological Survey. Exxon Mobil, qui avait mis fin aux forages d’essai en 2010 après avoir constaté qu’il n’existait pas de réserves exploitables cette fois-ci en Hongrie(3), a cessé toutes ses activités en Pologne, tout comme Talisman Energy et Marathon Oil, par manque de “flux constant et commercialement justifié d’hydrocarbures” (4) tandis que l'entreprise publique PGNiG et le géant américain ConocoPhillips ont décidé de se retirer de certaines régions en raison de conditions géologiques difficiles (5).

Aux Pays-Bas, un autre institut de recherche, le TNO a publié, en 2009, un rapport, qui estimait les réserves de gaz de schiste extractibles à environ 5.600 milliards de mètres cube (6). Le ministre hollandais des Affaires économiques, Henk Kamp, après publication d'un rapport de l'université de Groningen, a reconnu que la production de gaz de schiste serait au mieux comprise entre 2 et 4 milliards de mètres cube, soit environ 0,07% des estimations d'origine (7). De l''appartement, il reste une boîte à chaussure !

Enfin, la révélation à la page 18 du rapport parlementaire de l'OPCEST(8), où l'on apprend que « les auteurs (ndlr : l'EIA) de ces estimations sont eux-mêmes très circonspects sur la portée de ce travail ».

  1. S&V mai 2013)

  2. http://www.eia.gov/forecasts/archive/aeo12/pdf/0383(2012).pdf

  3. http://www.ft.com/intl/cms/s/0/5e883fdc-b94c-11e1-b4d6-00144feabdc0.html#axzz2RN4lSWrY

  4. http://www.naturalgaseurope.com/poland-shale-gas-industry-fails-to-take-off;

  5. http://www.naturalgaseurope.com/pgnig-fx-energy-abandon-mieczewo-discovery

  6. http://www.ebn.nl/Actueel/Documents/200909_Inventory_non-conventional_gas.pdf

  7. http:/www.volkskrant.nl/vk/nl/2664/Nieuws/article/detail/3426918/2013/04/17/Kamp-relativeert-belang-schaliegas-voor-Nederland.dhtml

  8. http://www.senat.fr/rap/r12-640/r12-6401.pdf

L'INTERET DES ESTIMATIONS EXAGEREES ?

Qui sont ceux qui établissent ces chiffrages ? Souvent confondue avec l'EIA, l'AIE, agence internationale de l'énergie, créée à la suite du premier choc pétrolier, a pour mission de faciliter la coordination des politiques énergétiques des pays membres et assurer la sécurité des approvisionnements énergétiques (pétrole principalement) afin de soutenir la croissance économique (1).

Le 10 Novembre 2009, un communiqué de l'AFP titrait au sujet de l'AIE: « L'organisme de surveillance de la production pétrolière accusé de surévaluer les réserves mondiales. » En effet, juste avant l'annonce des prévisions 2009, un haut-responsable de l’AIE, cité par le quotidien britannique "The Guardian", révélait que l'institution internationale minimisait délibérément le danger d'une pénurie de pétrole pour ne pas créer un mouvement de panique sur les marchés financiers si les chiffres venaient à être baissés ; les États-Unis encourageant l'agence internationale à minimiser le déclin des champs de pétrole existants et à surévaluer les chances de trouver de nouvelles réserves. Parmi ses plus belles prédictions, on peut rappeler qu'en 2000, ses publications annonçaient un prix du baril de pétrole de 21$ en 2010 et de 28$ en 2020. En 2012, le prix moyen du baril était de …....111 dollars, soit un écart de 400% plus élevé. (AIE, World Energy Outlook, 2000)

Cours de l'action ELYXIR PETROLEUM à la bourse autralienne

Cours de l'action ELYXIR PETROLEUM à la bourse autralienne

Dans un registre plus local mais tout aussi accrocheur pour une population lorraine qui ne demande qu'à rêver, le sous-titre du journal l'Est Républicain du 17/09/2011 :

« 164,7 milliards de barils, c’est un peu moins que les 175 milliards de réserve de pétrole du Canada, soit les deuxièmes réserves du monde, derrière l’Arabie Saoudite (265 milliards) »

Cette article aura bientôt 3 ans, et toujours aucune trace de ce pétrole ou de ce gaz miracle promis par la société ELIXIR PETROLEUM. Quelles suites les journalistes ont donné à ces propos ? Quelle informations conserve le lecteur après ce journalisme à sensation ?

Peut-être que la diffusion du cours en dollars australiens de la société ELIXIR PETROLEUM à la bourse australienne (ASX) aurait pu éclairer véritablement le lecteur à la compréhension de ce monde obscur qu'est de l'industrie pétro-gazière. La forte hausse de 2011 fait suite aux premières spéculations sur l'étendue des volumes hydrocarbures en Lorraine et le fameux article du journal cité au dessus. Aujourd'hui, le titre de cette société vaut moins d'un centime d'euro.....

Tag(s) : #Estimations

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